Le Carême est de retour

Le Carême est de retour… comme une institution bien rodée et presque parfaitement au point : peut-être trop… Cendres, prière, jeûne, aumône : combien ces mots semblent, au fil des ans, préfabriqués, prêts-à-porter ou surgelés ; le temps les a délavés, et sur nos lèvres, ils peuvent ne plus avoir de saveur ni d’odeur ! À moins que nous les chargions de sens pour en faire un Carême pour notre temps.

Cela commence avec un goût de cendres. Aujourd’hui, pour notre monde, cela rappelle sans doute la mort et le choix désormais ouvert entre deux possibilités : inhumation ou crémation. Dans ma vie de foi, les cendres sont signes de fragilité, de ma finitude. Le rite des cendres rappelle tout ce que le feu de l’amour de Dieu doit brûler, jusqu’à ce qu’il ne reste que… l’amour. Cette célébration m’indique un chemin pour m’ajuster à Dieu et laisser une place à mon prochain, et faire l’expérience que Dieu n’aime pas le péché mais risque tout pour me montrer sa miséricorde envers le pécheur que je suis. Pourquoi ne pas s’interroger en ce jour sur tout ce qui, dans ma vie, est déchet,attachement inutile et demander à Dieu de m’en délivrer ? Le temps de Carême est tout orienté vers le Christ, victorieux des germes de mort et de la mort tout court, vers Pâques qui nous invitera à re-vivre notre baptême.

Une double attitude : l’attention et la fécondité
Pour une quarantaine, qui peut filer très vite et qu’il ne faut pas réduire à quelques heures quand approche le dénouement, il nous faut trouver une double attitude. L’attention, un vrai mot de Carême : être tendu vers… C’est-à-dire se concentrer vers l’essentiel, ce qui fait mon humanité, ce qui me structure dans ma vie de foi,de citoyen et d’habitant de la planète Terre. C’est pourquoi, le jeûne, (le partage) l’aumône peuvent devenir signes de protestation face à un monde qui se divise entre « de plus en plus de riches » et « de plus en plus de pauvres », entre l’abondance de biens et le manque du minimum pour survivre. Beaucoup de religions prônent le jeûne et le partage. « Le jeûne du Ramadan, affirme Ghaleb Bencheikh, permet de marquer par la faim corporelle sa faim de Dieu et sa conscience de la faim des pauvres ».

« C’est formidable, disait Bernanos, comme mes idées changent quand je prie »
Gandhi, estimant qu’une discipline ascétique purifiait l’âme et le corps, fit d’ailleur du jeûne le signe le plus visible de sa protestation, fondée sur la non-violence, la compassion et la vérité. L’autre attitude : la fécondité. C’est la que je mets la place de la prière. « C’est formidable, disait Bernanos, comme mes idées changent quand je prie ». Dieu n’est pas un distributeur automatique de dons. On ne met pas Dieu devant une sorte d’ultimatum. Dans le livre de Judith (8, 16), « On ne met pas Dieu au pied du mur comme un homme. On ne lui fait pas de sommation ». La première prière est la louange. Dire « merci ». Le soir : « Merci Seigneur, pour cette journée, pour toutes ces rencontres, ces visages rencontrés, cet amour qui a circulé autour de moi… ». La fécondité, ce sont aussi ces catéchumènes qui recevront le baptême à Pâques. Ils sont, pour nous, la nouveauté de la foi, le levain pour nos communautés.

Le Carême n’est pas tant de se dire : « Je suis du côté de Dieu », mais « Dieu est-il de mon côté ? ». Il le sera si je suis du côté de l’homme, tout homme, surtout le plus vulnérable.

Bonne quarantaine !

Père Maurice Bez
(Article publié dans RVO n° 134, février 2018)

C’est toujours la « messe de mi-nuit ! »

La Bible commence par le récit de la création avec ce refrain : « Il y eut un soir, il y eut un matin ». L’ordre est important : le soir, puis le matin, comme pour enraciner notre espérance dans cette logique, la Lumière succède aux ténèbres et non l’inverse. C’est la nuit qui provoque l’attente, l’espérance, la lumière… « C’est toujours la nuit qu’il est bon de croire à la lumière ». La première Foi fut promise et rêvée sous un ciel constellé d’étoiles : « Compte-les, si tu peux », dit Dieu à Abraham et « prends la mesure de mon amour ». C’est dans la nuit de son corps que Marie, comme toute mère, tisse l’enfant qu’elle va mettre au jour.

La liturgie chrétienne a d’ailleurs gardé cette approche en commençant a célébrer les solennités la veille du jour de fête. C’est en entrant dans la nuit, lors de la Veillée de Noël, que l’Église invite à fêter le jour de la naissance de Jésus. C’est quand nous sommes dans les ténèbres que nous fêtons la lumière.

L’Évangile de la nuit présente les bergers qui passent la nuit dans les champs. Les bergers vivaient dans l’attente du jour, comme si pour eux chaque lever du soleil avant la force des six premiers matins de la création, comme si pour eux, la venue de la lumière avait à chaque fois la couleur de la vie.

Et voilà que ce sont eux, les bergers qui vont dévoiler le secret de cette humble naissance. « Ne craignez rien, leur dit un Ange, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple. Aujourd’hui, vous est né un Sauveur. Il est le Messie, le Seigneur« . Ils sont les premiers à annoncer la joie de Noël et le salut qui vient en Jésus.

C’est dans la nuit, au cœur de la veille et de l’attente que pour les bergers la révélation de Dieu se fait, c’est là sans doute qu’il faut que chacun de nous accepte d’être rejoint et touché. Noël n’est pas simplement la naissance de Jésus Sauveur, c’est la vie de Dieu qui naît en chacun de nous.

Noël veut dire « jour de naissance ». Que Noël soit pour chacun de nous une naissance, celle de l’homme en qui désormais bat le cœur de Dieu.

Joyeuses fêtes de Noël à vous, lecteurs, et à vos familles.

Père Maurice Bez
(Article publié dans la feuille paroissiale du mois de décembre 2017)