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Dignité retrouvée dans l'esprit de Lataste

Anne Lécu fait sa conférenceLe 4ème pèlerinage Lataste s'est déroulé le 1er septembre chez les Dominicaines de Béthanie à Montferrand-le-Château. Raphaël, frère de la Communion Béthanie, propose un témoignage sur cette journée particulière.

Un matin froid et brumeux se lève sur la campagne bisontine. Nous sommes le 1er septembre. Et c'est là, au cœur du petit couvent des Dominicaines de Béthanie que va se vivre une de ces journées profondes qui ne laissent personne indifférent.
Les sœurs et leurs amis ont parsemé les abords des routes alentours de panneaux annonçant la « fête Lataste » ! Car c'est avec ses filles à lui que nous avons rendez-vous aujourd'hui : le père Jean-Joseph Lataste. Avec ses filles et ceux qui vivent de son charisme : les Fraternités de Béthanie surtout.
Ce matin, c'est aussi notre Communion, pour laquelle il est une source vive, qui frappe avec moi à la porte du couvent. Je me présente, accueilli par le sourire radieux des sœurs qui vous réchauffe en quelques secondes. Nous serons nombreux à franchir cette porte aujourd'hui.

Arrivé parmi les premiers, je prends le temps d'une visite à la tombe du père Lataste. Beauté saisissante d'une rencontre silencieuse dans l'écrin de cette chapelle blanche, épurée mais habitée. Salutation simple, comme à un ami, le cœur gonflé de tous les visages qui m'accompagnent.

La journée, dense, s'écoulera ensuite paisiblement.
Ce sera d'abord la conférence de sœur Anne Lécu : « La dignité retrouvée ». Bouleversante d'humanité et de justesse. Où l'on (re)découvre combien la dignité propre à chaque femme, chaque homme, créés à la ressemblance de Dieu, ne peut JAMAIS être endommagée. Nul ne peut abîmer, de quelque façon que ce soit, l'image de Dieu en nous. La sœur Anne nous parle des détenus, auprès desquels elle travaille, de la honte, des victimes, des coupables et du pardon. Celui-ci est bien différent de la Miséricorde. Il ne s'exige pas, il se donne, gratuitement, sans calcul et seulement lorsque l'on est prêt. Aucun angélisme dans ses propos : s'il s'agit bien de restaurer le coupable et la victime, il ne s'agit ni d'excuser, ni d'oublier. Elle me touche particulièrement lorsqu'elle évoque le Yom Kippour, le « Grand Pardon » de nos frères Juifs. Lors de cette fête, l'une des plus importante du calendrier hébraïque, la communauté rassemblée demande pardon pour tous les péchés, y compris ceux qui n'ont pas été commis par ses membres (meurtres, guerres...). Car il y a une dimension collective de la réconciliation. Le travail de Vérité qu'une personne peut faire, participe au Salut de tous. Nous avons une responsabilité vis à vis de la communauté (Béthanie, l’Église ou la communauté humaine dans son ensemble) qu'il s'agit de ne pas prendre à la légère.
Puis sœur Anne nous découvre « l'ardente patience de Dieu ». Je note cette notion essentielle dans son propos : le Seigneur attend de nous faire grâce. C'est Lui, le premier qui attend, patient, comme le fait une femme enceinte. Et TOUS sont appelés au Salut. Dieu attend les 100 brebis, et pas seulement celle qui s'est égarée.
En nous tournant vers le Christ en croix, comme le père Lataste l'avait proposé à Mère Henri-Dominique, nous comprenons mieux : nous voyons à ses pieds Marie et Madeleine, la Sainte et la Pécheresse. Tout est dit là.
Et si nous levons les yeux nous voyons Jésus, la Victime par excellence, mais aussi le coupable aux yeux des hommes qui l'ont condamné. Il rejoint chacun, là où il est, victime et coupable, pour partager leur sort.

Après un temps de questions posées à l'intervenante, nous nous retrouvons pour un pique-nique à la « ferme », sous le soleil enfin revenu ! Échanges conviviaux, simplicité et quiétude. Un jeune homme est là, qui joue quelques morceaux d'accordéon. Un vrai repas champêtre !

L'après-midi est consacré à différents ateliers autours de thématiques chères au père Lataste : l'Adoration, la Parole de Dieu, le Pardon et la réconciliation. Chacun est libre d'y participer ou pas.

L’Adoration est introduite avec les mots même de Jean-Joseph Lataste sur l'Eucharistie. Il s'agit d'un rendez-vous entre deux amis... « Comme un ami qu'on ne peut pas voir encore à cause de l'obscurité de la nuit mais dont on tient déjà la main ». Il nous appelle à nous exposer au Seigneur, comme Lui-même s'expose à nous. Le reste se vit sans mots, à l'intérieur.

A proximité du couvent, après le cimetière où reposent les premières sœurs de Béthanie, une promenade conduit à travers un petit bois jusqu’à la grotte de Madeleine. Je me laisse surprendre par la quiétude des lieux. Au bords du Doubs, en pleine nature. Cette femme, la Pécheresse pardonnée est agenouillée, contemplant le ciel par un trou dans la grotte où descend le soleil... « Laissez-vous surprendre aujourd'hui par la présence de celle qui a tant aimé. Avec elle, livrez-vous à l'Amour » (extrait du texte sur le panneau à l'entrée).

Une cure de Pardon est également proposée à notre découverte. Rien ne se dit. Une phrase d'introduction est lue à haute voix, invitant « à accueillir les pardons qu'on nous offre, à offrir des pardons que nous hésitons à accorder ». Puis le silence. Durant 15 minutes. Chacun, face à cet appel, le vit dans son intériorité.

La journée s'achève par la Messe en l'honneur du Bienheureux père. Il y a tant de monde que nous sommes placés, pour une partie, dans la chapelle du père Lataste, à un mètre à peine de sa tombe. Instants à part. Intuition d'une présence, d'un envoi aussi.
La Messe est présidée par Mgr Daucourt et la prédication par le vicaire général du diocèse de Besançon, le père Eric Poinsot.
« Mes bien chères sœurs » celui-ci commence son homélie avec les mots même de la retraite prêchée par Jean-Joseph Lataste en 1864 aux détenues de Cadillac. Se rend-on vraiment compte de ce qu'il a dit là ? Nous sommes comme poussés dans nos retranchements. Comprenez-vous ?
La Messe est très belle. Accompagnée par de jeunes musiciens et notre accordéoniste. Portée par la présence presque palpable du Bienheureux père.

« Heureux l'apôtre des prisons, témoin du Dieu de clémence (…) Heureux le prêcheur au grand cœur, l'intime de Madeleine, il nous dévoile son secret : aimer beaucoup et sans cesse » (extrait du chant pour la fête du père Lataste).
Quel meilleur programme que celui-ci ? Aimer beaucoup et sans cesse !

Le matin même, j'ai cet échange avec une postulante, à l'accueil, qui m'interroge sur la Communion Béthanie. Elle conclu notre partage avec ces mots : « au fond, nous faisons la même chose que vous, prier pour apprendre à aimer toujours plus ! »

 Dans cette espérance, belle rentrée à toutes et tous !

Raphaël, frère de la Communion Béthanie

(qui vit aussi la discrétion sur le passé de  chacun selon la spiritualité du Père Lataste)

« LA DIGNITE RETROUVEE » CONFERENCE DE SR Anne Lecu , médecin (depuis 20 ans à la plus grande prison d’Europe à  Fleury Mérogis), philosophe et théologienne

 Anne Lécu fait sa conférence

Pèlerinage à Béthanie

 

 

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