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Bioéthique : savoir raison garder

Bioéthique : savoir raison garder Mgr Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des Évêques de France s'est exprimé jeudi 26 avril devant le CCNE (Comité Consultatif National d'Éthique) dans le cadre des auditions sur la révision des lois de bioéthique. Huit pages composées de six chapitres denses qui mettent en avant les points sur lesquels il faut se pencher d’urgence.

Il y a une bonne et une mauvaise surprise. La bonne, c’est la grande qualité du texte de Mgr Pontier dont on admire le discernement, constamment éclairé par les essais des meilleurs spécialistes sur tout ce qui touche à l’homme, au sens le plus générique et le plus admirable du terme. On n’y trouvera aucun raisonnement partisan (hyper catho, hyper conservateur, ou autre hyper) même en le passant à la loupe, mais au contraire une approche très raisonnée, à bonne distance de toute complaisance, une approche objective s’appuyant sur la réflexion approfondie dont tout homme digne de ce nom est capable s’il veut vraiment se donner la peine de parler vrai.

La mauvaise nouvelle, c’est que nous sommes témoins de « glissements » de tous ordres qui ne sont pas encourageants pour la prise en compte du bien commun. La société où vit l’homme d’aujourd’hui envoie de multiples signaux de détresse. Ces glissements sont de tous ordres : ils visent notamment à appeler « droits » nos désirs particuliers sous de fallacieux prétextes et ils visent à « requalifier », à rendre présentable l’avidité qui sommeille en chaque homme et qui est le fruit de son ignorance et d’une poussée incontrôlable de son égo. Le pire étant le sapement subreptice (à l’insu de leur plein gré) des fondations de notre « maison » commune : dans cette catégorie, il faut ranger l’appauvrissement du vocabulaire, la perte des nuances et finalement l’incapacité croissante à construire une pensée.

Nous ne sommes pas confrontés à « la fièvre du samedi soir » des années 80, mais à une fièvre galopante qui n’est plus celle d’un soir, et où nous mélangeons tout.  Sous couvert de progrès, nous retournons chez les romains auprès des aruspices qui lisaient l’avenir dans les entrailles des animaux sacrifiés en misant sur la médecine prédictive qui sait scanner l’avenir.  Et qui douterait qu’une telle prouesse technique, allant dans le sens d’une évidente expansion, ne serve l’homme avec un grand H ? Les moyens s’accroissent et les fins s’étiolent. La société semble gagnée par le syndrome de l’hyperactivité tous azimuts. On ne pense plus, on fonce ! C’est « la fuite en avant ».

Le texte de Mgr Pontier nous invite à nous poser et à penser. Penser pour tous. Penser aux autres. Penser au bien commun : ce qui au bout du compte revient à penser à soi au meilleur sens du terme. Programme simple mais tellement plus ambitieux.

Quelques phrases clés, quelques pistes de réflexion

L’institution est juste quand elle vise le « bien commun » et non les cas particuliers.

« Appeler 'droits' ses désirs particuliers ».

Cette remarque fait penser à une autre « aujourd’hui, on a des droits et plus de devoirs ». Aujourd’hui, la tentation est grande de transformer tout désir en droit.

« Ce qui est différent ne constitue pas une inégalité ». Cette remarque, par association d’idées, fait songer aux glissements de langage qui sont dûs au cumul des approximations verbales par méconnaissance du vocabulaire approprié. Culture en baisse…

« L’usage non raisonné du principe de non-discrimination ».

« On passe des 'mères porteuses' (ce qui contredit le non-utilitarisme de Kant) à l’altruisme signifié par la 'gestation pour autrui' » (A ce sujet, on lira avec profit le texte du pape François pour la 52ème journée des communications sociales où il traite des « fake news » en évoquant la tactique sinueuse du serpent de la Genèse…)

« L’effacement » de la mère porteuse aux USA….

« La demande sociétale » comme nouvelle jauge

« Il est essentiel que la société reconnaisse le rôle des professionnels de santé, parce qu’elle leur confie ses membres malades ».

« L’autonomie du désir est tellement revendiquée comme un ‘droit’ par l’homme »

« La personne ne peut jamais être utilisée comme un moyen mais toujours comme une fin, en raison de sa dignité qui lui est intrinsèque, inaliénable et inviolable (Kant) ».

Etats généraux de la bioéthique :
La consultation publique s’est achevée le 30 avril mais le site reste à disposition :
https://etatsgenerauxdelabioethique.fr/

La Conférence des Évêques de France- a mis en place sur son site l’espace dédié avec quatre rubriques : « Les États généraux », « Que dit l’Église », « Comprendre les enjeux » et « Les actualités ». https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/eglise-et-bioethique/

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