ActualitéArticlesActualitéDiocèseL'étoile montante de l'Épiphanie

L'étoile montante de l'Épiphanie

Frère Nicolas Morin

Depuis la Chapelle des Buis, le frère Nicolas partage avec nous une vision originale des rois mages en nous donnant l'occasion de partager un peu leur intimité. Car que sait-on d'eux au juste ?

Une belle histoire écoutée attentivement, juste avant le partage d’une bonne galette avec les pèlerins de Valdahon partis en pèlerinage diocésain à Assise avec le frère Jacques et Jean-François Francisco.

"Ils étaient trois. Ils ne se connaissaient pas. Rien n'aurait pu les faire se rencontrer. Et pourtant, chacun avait un jour pris la route, chacun avait suivi son étoile… 

Le premier venait de la lointaine Afrique. Son pays, rongé par la mauvaise gouvernance, la corruption et une sécheresse endémique, criait famine. Comment un père pourrait-il accepter de voir chaque matin se lever ses enfants tenaillés par la faim ? Alors il partit. Il ne demandait pas la lune, juste une petite étoile : un travail pour nourrir sa famille, une école pour ses enfants, des relations apaisées.

Combien de pays a-t-il traversés ? Il ne sait plus. Comment a-t-il survécu ? Il fixait obstinément son étoile. Il ne savait pas bien qui était Dieu mais il sentait bien qu’une force le protégeait et le poussait sans cesse en avant. Il en était sûr, il trouverait le salut. Une vie meilleure l’attendait. Il lui fallait simplement, jour après jour, tenir dans l’espérance et poursuivre sa route.

Le second habitait le Moyen-Orient. Son pays n’était qu’un immense désert venant s’échouer au bord de la mer. Sa tribu vivait heureuse avant que l’on ne découvre dans le sous-sol « l’or noir » qui agita toutes les convoitises et entraina violence et discorde. Quand les chefs d’État du lointain Occident décidèrent de le « sauver » le pays tomba dans le chaos sans plus se relever.

Alors cet homme prit la fuite. Il fuyait la violence et la guerre. Il fuyait aussi ces croyants qui invoquaient leur Dieu pour justifier toutes les violences. Le Dieu de ses pères, lui, appelait tout homme à la miséricorde et à la gratitude pour l’immense cadeau qu’est la vie.

Par une nuit sans étoile, une petite lumière est apparue dans le ciel, qui l’invitait à la suivre, à se mettre en chemin. Une vie meilleure était donc possible, où règneraient la justice et le droit ?

Quand les deux premiers marcheurs à l’étoile partirent, le troisième était en route depuis bien longtemps, venant d’Extrême Orient. Son pays était riche, de plus en plus riche, mais les hommes de plus en plus pauvres ; cette pauvreté qui ronge l’âme quand il n’y a plus d’espérance, quand le ciel est vide et que les hommes s’agitent sans but. Une longue maladie, puis un deuil, avaient ouvert une brèche dans le cœur de cet homme. Il aspirait à donner une autre dimension à sa vie. Il lui fallait partir, quitter pour mieux se trouver lui-même, chercher un guide capable de lui ouvrir un chemin intérieur.

Tous trois se trouvèrent un soir de décembre alors que le soleil avait tiré sa révérence laissant place à la nuit glacée du désert. Chacun partagea sa misère et ses peines mais aussi cette invincible espérance. Quelle ne fut pas leur stupéfaction de découvrir qu’ils suivaient tous la même étoile !

Ils se partagèrent cette incroyable nouvelle : sur la route, des adeptes du Dieu unique leur avaient parlé d’un sauveur qui devait naître en Palestine, dans le pays de leur ancêtre David. Le pays où les menait l’étoile !

Et si c’était vrai ? Et si ce sauveur était venu non seulement pour son peuple mais aussi pour eux qui croyaient si peu, ou si mal, ou en un autre Dieu ? Qui pouvait être ce mystérieux sauveur ? Un roi puissant ? Un guerrier valeureux ? Un magicien ?

Quand enfin les mages arrivèrent en Palestine, ils allèrent tout naturellement s’enquérir du sauveur auprès du roi Hérode. Le roi les reçu courtoisement et leur demanda même de repasser le voir après avoir vu le sauveur. Pourtant ils virent briller dans ses yeux non pas la joie et l’attente mais la peur et la colère. De quoi cet homme avait-il donc si peur ?

Ils poursuivirent leur route à travers les collines de Judée. L’étoile brillait de tous ses feux. Ils le savaient, leur marche prenait fin ici. Ils couraient presque en arrivant à Bethléem.

Ils s’arrêtèrent, sans voix, devant l’enfant si fragile couché dans la pauvreté d’une mangeoire. Et leur cœur leur révéla ce que leurs yeux ne voyaient pas. Devant eux se trouvait celui qui était capable de relever l’espoir des hommes les plus résignés au malheur de leur condition d’esclaves, d’exclus, de réprouvés. Ils se sentaient rejoints, reconnus, aimés. Cet enfant leur apportait la révolution de la tendresse.

Alors, ils ouvrirent les mains. Mains ouvertes pour accueillir l’enfant, ce cadeau de la vie. Mains ouvertes pour rendre toutes grâces à Dieu. Mains ouvertes pour se donner à travers la myrrhe, l’encens et l’or. La myrrhe représente la remise à Dieu de nos faiblesses, ce manque qui ouvre à la vie spirituelle. L’encens symbolise le sacrifice de louange et la prière, le grand dialogue avec Dieu fait d’adoration et de silence. L’or représente ce qui est précieux et qui convient au roi. L’or véritable n’est pas de métal, il est de chair, c’est le don de soi et le service d’autrui.

À chaque Eucharistie, comme les mages, nous venons rencontrer celui qui se donne à nous dans la pauvreté et la simplicité du pain partagé. Nous venons rendre grâce, nous aussi, pour le don de la vie donnée. Et nous ouvrons les mains. Quelles seront nos offrandes ce matin ?"

Frère Nicolas

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